2011, huile sur toile, 132x106 cm
2011, huile sur toile, 132×106 cm

Fabien Boitard
est né en 1973, il vit et travaille à Aniane près de Montpellier.

Formé à L’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Bourges, Fabien Boitard peint contre vents et marées avec une fougue qui impressionne d’emblée les regardeurs que nous sommes. Sa peinture vitupère, exprime avec force une certaine forme de protestation. C’est cette première observation-là qui nous aborde – au sens d’abordage – avec franchise pour ensuite découvrir peu à peu une véritable faconde du geste et des élégances enfouies qui de par-dessous la force ressentie font surface au fur et à mesure que notre regard se fait dompter. Comme d’autres artistes avec d’autres médiums explorent à l’envie diverse technique et façons, Fabien Boitard cherche, lui, la peinture, cherche dans la peinture, et se déplace au travers d’elle, en elle, si vaste. Il nous assène cette vérité que nous avions trop souvent fait mine d’oublier : l’étendue des possibles est telle qu’il n’y a aucune chance pour qu’on en rencontre un jour les limites.  Le territoire du médium est infini. Et c’est l’échelle du peintre même qui se heurte à cet espace esthétique et historique sans fond. Fabien Boitard malgré sa fécondité, ses trouvailles ou même ses retrouvailles avec tant d’expériences anciennes, ne déroge pas à un style, son style, vif, emporté dont il ne saurait faire l’économie. Qu’il torde un châssis, qu’il colle, qu’il recouvre, qu’il arrache, qu’il repeigne, qu’il s’épuise à de lancinantes techniques, qu’il jette, racle, sa personnalité et son style s’affirment sans concession. A ces techniques sans cesse revisitées s’ajoute en plus l’étendue des sujets, des figures et Fabien Boitard ne manque pas d’inspirations, elles pleuvent, que se soit devant sa porte, autour de lui, dans le monde des médias ou dans celui des virtualités numériques ou autre nouveaux mondes. Tout est sens, qu’il convoque à l’aune de la pertinence de son sens critique. Il va même parfois trop loin pour moi, tellement il s’investit de toutes torsions, au bord du déraisonnable emporté par sa fronde. Il s’avère a postériori qu’il a raison, que sa démesure est juste en regard de celles qui nous tuent sans même que nous ayons l’intelligence de les voir fondre sur nous. Au « tout a été fait » ressassé jusqu’à plus soif, il pourrait répondre : tout est à faire aujourd’hui pour demain parce que nous sommes vivants. Sa peinture est tantôt douce, tantôt brutale ou carrément piégée, elle est à la confluence de nos paradoxes et, si elle est parfois séduisante, elle l’est très vite à la racine étymologique de ce mot même, du latin seducere : pourrir. Insatiables vanités. Il aime tellement peindre que pour tenter de vivre de sa peinture, il répond parfois à des commandes de portraits de famille qu’il exécute, sage. Mais, en même temps qu’il réalise ces portraits de commande il fait en parallèle une autre toile directement liée à la première infiniment moins sage, beaucoup plus fouillée, dangereuse, comme un juste contre-point, pour garder sa main libre et sa peinture en vie.

 

Portrait par Elisabeth Couturier
« Quelles sont les motivations d’un jeune peintre en ce début du XXIe siècle ?
À peu de choses près, les mêmes qui animaient ses aînés hier ou avant hier : «Qu’est-ce que je peux voir de ma fenêtre ? Qu’est-ce que je peux dire du monde ?», explique Fabien Boitard à propos de ce qui le pousse à commencer une toile… Sorti de l’École des beaux-arts de Bourges avec les félicitations du jury, la question du choix du médium ne s’est jamais posée pour lui. Peindre contre vents et marées, voici un défi qui ne souffre d’aucune hésitation. Il sait la plasticité de la peinture sans limites et ses ressources infinies. Pour répondre à son désir impérieux de transmettre la palette complexe des émotions qu’il ressent à propos d’une situation, d’un paysage ou d’une relation, Fabien Boitard adopte un style hétérogène. Il explique: « On n’a pas le même rapport face à une maison, à un arbre ou à une personne, donc pourquoi traduire cela par la même façon de peindre ». Aussi refuse-t-il de s’attacher à un style unique. »